Deconnexion
Cette stratégie politique, qui se décline de plus en plus clairement dans une gestion d’entreprise identique à celle du secteur privé, n’est certes pas une nouveauté mais s’accélère de manière inquiétante.
Elle est notamment prépondérante dans le plan d’entreprise et est contradictoire avec notre mission première et essentielle de service public.
Son unique objectif est fondé sur un mode de gestion de rentabilité économique où les résultats financiers sont les seuls indicateurs de la performance au détriment de la qualité du service produit donc de la notion de service public et de l’intérêt des agents.
C’est donc avec des œillères et les yeux rivés sur les indicateurs économiques que la direction, à tous les niveaux de l’entreprise, continue contre vents et marées sa politique de productivité.
Cette vision, contre nature, du service public qui tente d’assimiler la RATP à un « opérateur de transport comme les autres », remet en cause de manière insidieuse le statut de notre entreprise, le statut du personnel donc à terme la pérennité de l’EPIC RATP.
Au passage, la direction feint d’ignorer volontairement la compétence et l’implication des agents qui contribuent quotidiennement à la qualité du service produit malgré une dégradation récurrente des conditions de travail.
Cette même qualité de service qui est reconnue, qui valorise la performance et l’image de la RATP au niveau de l’EPIC dans le seul intérêt du développement du groupe RATP.
A ce jour, tous les services de l’entreprise et prioritairement les exploitants font l’objet d’une restructuration/réorganisation dont le seul fil conducteur est la PRODUCTIVITÉ.
Systématiquement cela se traduit par une baisse des effectifs, une augmentation de la charge de travail, une déqualification des postes, ce qui entraîne exaspération, démotivation, perte d’implication et, en fin de compte, un accroissement des détresses psychologiques pour les agents.
Ces dernières semaines, à l’appui de ce constat, nous avons été confrontés et nous avons dénoncés par le biais d’actions ou d’alarmes sociales :
Au département BUS :
la remise en cause sans fondement réaliste de la durée du temps de conduite des machinistes receveurs ;
la dérive de la renégociation du déroulement de carrière des MR ;
le projet de fusion des centres d’Asnières et de Pleyel, qui est un véritable plan social pour l’encadrement local (-21 postes) ;
la multiplication des projets de création de PCC (Lilas, Pleyel, Nanterre, etc…) qui n’est qu’une première étape de réduction des effectifs avant le CRIV ;
le volet social du CRIV qui masque un manque de transparence calculé et délibéré par la direction, de la productivité visée à terme par ce projet ;
la mise en œuvre de la GMAO qui révèle l’absence d’un pilotage pertinent de ce dossier et qui contrairement à ce qui avait été affirmé par la direction accroît considérablement la charge de travail des pôles RH ;
l’augmentation continue de la charge de travail des pôles RH avec le déploiement de la paie, la gestion des CA, de l’habillement et l’intégration des nouveaux outils : RAPSODIE, PHOEBUS, etc… ;
la multiplication des séances extraordinaires et des droits d’alerte du CHSCT Bus (10 sur les 12 derniers mois), pour défendre l’intérêt des agents face à de nombreuses dérives au niveau respect du code de travail et de la réglementation dans l’activité du transport de voyageurs ;
l’attribution des services de remplacement STL des modes lourds à des entreprises privées ou des filiales au détriment du département Bus qui ne peut les assurer faute d’effectifs, pour exemple une ligne de navettes de Pleyel fermée le 10 juillet faute d’agents.
Pour les autres départements :
la restructuration et la réorganisation dans le secteur Encadrement à DAT, qui deviendrait DIT – Développement Innovation Territoire, mais pour quelle finalité ? ;
l’incertitude et l’angoisse des agents par rapports à la création d’un GI et l’interrogation sur la répartition de la dette entre le GI et l’exploitant ;
les craintes sur la sécurité des équipements dédiés à la maintenance du ferré ;
les rapprochements forcés des gares RER A (-15 postes) et RER B (-9 postes) ;
l’utilisation d’agents de maîtrise stagiaires pour couvrir les arrêts de travail au métro, au détriment de la sécurité ; etc…
Cette liste est bien sur loin d’être exhaustive et les agents avec leurs organisations syndicales réagissent avec, pour exemple, les mouvements des agents de la maintenance à Val de Fontenay, du 21 juin au RER et les deux journées d’action des 15 et 27 juin à Bus avec un premier recul de la direction sur le projet de l’augmentation du temps de conduite.
En effet l’attitude adoptée par la direction sur ces dossiers révèle une réelle volonté de passer en force en faisant fi d’un dialogue social de qualité et constructif dont pourtant la direction se gargarise dès qu’elle en a l’occasion.
Pour exemple le commentaire récent et très critique du juge sur le dossier du 1/20, 1/30ème qui a interpellé l’avocat de la RATP en lui précisant que sa juridiction n’avait pas pour mission de pallier à l’absence du dialogue social à la RATP.
Concernant l’augmentation du temps de conduite et de l’annualisation du temps de travail des MR, les élus vous réaffirment leur refus le plus catégorique quant à toute remise en cause et modification du temps de travail effectif à la RATP et ce, sur l’ensemble des secteurs, des métiers et des catégories professionnelles.
Augmenter la durée du temps de travail, annualiser le temps de travail et allonger les carrières pour augmenter la productivité, n’est pas un progrès social. À contrario, permettre aux salariés de bénéficier des effets de la modernisation des outils pour évoluer professionnellement et mieux s’épanouir au travail, est nécessaire à l’équilibre personnel des agents et au développement de la RATP.
Nous notons que la remise en cause des 35H00 dans les sociétés BOSCH, SIEMENS, WOLKSWAGEN et tant d’autres, avec un retour aux 40H00 payées 35, s’est systématiquement faite en brandissant le spectre du manque de productivité.
Force est de constater aujourd’hui que ces sacrifices imposés aux salariés de ces entreprises, n’ont pas permis le maintien de l’emploi, ces entreprises n’ayant pas tenu leurs engagements en faisant par exemple le choix de la délocalisation et peu importe le devenir des salariés et de leurs familles…
Pour la RATP, cette tentative de remise en cause du temps de travail effectif n’est qu’un nouvel outil dans la course à la performance au détriment de la mission de service public de notre entreprise.
Cette stratégie unilatérale de la direction, d’augmenter la charge de travail en réduisant les effectifs, vise à s’adapter dans un marché concurrentiel « du moindre coût » au détriment de la qualité de service offerte aux usagers.
L’expérience montre qu’il n’y a pas de corrélation directe entre « temps de travail » et « productivité ». Pour preuve, la France, qui avec le temps de travail le plus bas au niveau européen, a la productivité horaire la plus grande.
À ne pas entendre ceux qui expriment leur exaspération, à ne pas voir les impacts directs et négatifs que provoque la politique d’entreprise sur le quotidien des agents, la direction accentue la colère des agents.
Cela peut provoquer des débordements que nous condamnons avec la même force que nous condamnons cette politique d’entreprise qui détruit l’emploi, qui fait stagner nos salaires, qui vise à augmenter notre temps de travail et qui recule notre âge de départ à la retraite en supprimant les bonifications pour les jeunes agents, …
Nos Organisations Syndicales sont déterminées à créer les conditions d’un véritable dialogue social constructif et responsable dans l’intérêt des agents, de l’entreprise et des usagés pour un service public de qualité.
Monsieur le président, vous venez de prendre vos fonctions à la direction du département Bus nous formons le vœu que vous aurez pour objectif d’instaurer avec les partenaires sociaux et les instances représentatives les conditions d’un dialogue social de qualité basé sur l’écoute la concertation et ceci dans l’intérêt des agents et de notre département.